vendredi 10 juillet 2009

El Chaguite

Il y a trois ans, j'ai accompagné un groupe d'étudiants dans un projet de solidarité et de coopération internationale au Nicaragua. Nous avons s'éjourné dans la communauté de El Chaguite, située dans les montagnes près du Honduras, quelque part entre Totogalpa et Palacaguina. J'y suis retourné avec Patricia, les trois enfants et le neveu.

Tonio, Maria-Luisa et leur fille Marling, qui m'avaient hébergé il y a trois ans, nous ont offert à nouveau l'hospitalité. D'emblée, ils ont refusé l'argent que je leur proposais. Ils nous ont prêté leur unique lit, un lit simple fait de planches, sans matelas. Ils ont emprunté le lit double de la fille du pasteur (Eveling), sans matelas non plus, un lit de camp et deux hamacs à d'autres membres de la communauté. Ils ont installé tout ça dans la grande pièce de leur maison à deux pièces, et pendant une semaine ils ont dormi sur le plancher de ciment de la petite pièce qui sert de remise.

Il n'y avait pas suffusemment de nourriture dans la communauté pour nourrir six nouvelles bouches. Nous avons marché jusqu'à la pulperia la plus proche pour acheter du riz, des fèves, de l'ail et du bouillon de poulet. C'est tout ce qu'il y avait. Le lendemain, je suis allé à Palacaguina avec Tonio : une heure de marche et une demi-heure d'autobus. J'y ai acheté des oeufs, des fruits et des légumes, et des matelas en mousse de mauvaise qualité mais qui se roulent et qui se tranportent facilement sur un chemin de montagne. J'ai demandé à Tonio s'il voulait acheter quelque chose pour lui-même, sa femme ou sa fille. Timidement, il m'a demandé si on pouvait acheter du parfum pour Maria-Luisa. Je n'y aurais jamais pensé, mais pourquoi pas faire un "cadeau inutile", comme dit ma mère, quelque chose qu'il ne pourrait jamais offrir. À 3,50$ la bouteille, ce n'était même pas du faux Channel et ça n'a pas crevé mon budget. Mais pour lui et Maria-Luisa, c'était vraiment une occasion spéciale.

Tonio, comme tous les hommes d'El Chaguite, travaille à la saison des semences et des récoltes, quand il peut se faire engager par un propriétaire terrien, pour 2,50$ par jour. Son dîner lui coûte 1$, à moins qu'il ne puisse apporter du riz, des fèves et deux tortillas dans un sac de plastic. En une semaine, il gagne 12,50$ s'il apporte son lunch, ce que la majorité des Québécois gagnent en une heure. Et il n'a évidemment pas de paye de vacances, d'assurance maladie et d'assurance médicament, ni d'autres avantages.

Nous avons passé une semaine extraordinaire avec eux, apprenant le secret du gallo pinto et à faire des tortillas, apprenant à apprécier le moment présent quand il n'y a rien à faire (sans électricité, pas de télévision, pas d'Internet ni de jeux vidéo, mais pas plus de jeux de société ou de sorties en ville). Nos enfants ont enseigné plein de nouveaux jeux aux enfants d'El Chaguite. Leur jeu préféré? Camouflage, une variation sur le jeu de la cachète qu'ils ne connaissaient pas non plus. La chaise musicale a aussi été un grand succès.

Cette semaine à El Chaguite nous a non seulement permis de découvrir un mode de vie à mille lieues du nôtre, mais aussi de porter un regard neuf sur nous-même. Vivant à quelques dizaines de kilomètres du Honduras, la comunauté d'El Chaguite n'est pas au courant du coup d'Etat qui y a eu lieu. Elle n'a jamais connu Michael Jakson, alors les causes de son décès...

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