dimanche 28 décembre 2008

Noël sur le Mekong

Quand j'ai écrit à ma mère qu'on allait passer Noël sur le Mekong (lien vers les photos), je ne croyais pas si bien dire. On a pris un bateau de Huay Xai à Luang Prabang, deux jours de croisière sur le Mekong avec un arrêt pour dormir à Pak Beng. Attendez... Il fallait voir le bateau, une barque longue et étroite avec des bancs en bois, remplie à capacité. Première journée, six heures de descente, paysages magnifiques. Le 24 au soir, on a très bien mangé à Pak Beng, un petit village tout en longueur. Le matin de Noël, lever à 7 h. A 7 h 30, on est dans un petit resto - en fait une plateforme avec un toit - pour le déjeuner : crêpes, oeufs, pain baguette (les Français ont laissé la recette avec du fromage Vache qui rit et la pétanque - petang en laotien - avant d'accorder l'indépendance au Laos), et ont se fait faire des sandwichs pour la journée qui s'en vient. A 9 h, embarquement. On se met finalement en route à 10 h pour une journée de 9 h de bateau, assis sur une planche. Il y avait moins d'espace que dans un autobus scolaire.
En cours de route, ça n'a pas empeché le capitaine d'arrêter sur la berge de plusieurs villages pour prendre quelques passagers de plus et mettre de grands paniers de bambou remplis de poules, coqs, canards et dindes sur le toit du bateau. Nous supposions qu'ils étaient destinés au souper de Noël de Luang Prabang et qu'ils seraient farcis et grillés dans quelques heures.
Beaux paysages encore, la forêt vierge - ou presque - tout le long du parcours, mais à la fin du deuxième jour on prenait pas mal moins de photos. On commençait à avoir hâte d'arriver parce qu'on avait déjà commencé à avoir faim, les sandwichs étaient mangés depuis longtemps. Et c'est à ce moment que le moteur a lâché. La boite de vitesse si vous voulez tout savoir. Le silence impérieux du moteur était accompagné du silence stupéfait des voyageurs. Le bateau dérivait, emporté par le puissant courant du Mekong, et se dirigeait vers des rochers acérés avec une centaine de personnes à bord et non moins de poules, coqs, dindes et canards sur le toit qui, eux, ne s'étaient aperçus de rien. Heureusement, nos marins d'eau douce ont réagi rapidement et seulement avec le gouvernail et un rame, ils ont réussi à sortir le bateau du courant pour le laisser dériver doucement plus près du rivage. Un pêcheur s'est approché rapidement en canot, on lui a lancé une corde qu'il a attachée à un rocher. Le bateau a glissé tranquillement jusqu'au bord, nous étions sains et sauves.

J'ai aperçu notre capitaine, debout sur les rochers avec son téléphone cellulaire. Il avait enlevé son pantalon pour sauter à l'eau et tirer le bateau. J'ai dit à Patricia "Passe-moi la caméra, notre capitaine est en petites culottes". Spontanément, Julien a levé les bras au ciel et a crié : "Capitaine Bobettes!" Ce qui nous a fait éclater de rire avec quelques Français. Le telepone ne fonctionait pas et le capitaine est parti en canot avec le pecheur, sans rien dire, laissant les passagers pour le moins perplexes. Une anglaise a dit : "Well I guess that's what they mean when they say We're all i the same boat". Un Canadien de Nouvelle-Ecosse s'est exclamé : "I feel like I'm in Survivor!" ce qui a détendu l'atmosphere pour ceux qui ont le sens de l'humour et qui connaissent la série télévisée. Les autres riaient jaune.

Une passagère, une Laotienne chiquement habillée à l'occidentale, a servi d'interprète (elle parlait aussi bien le français et l'anglais que le laotien). Elle a dit qu'il allait chercher un autre bateau à Luang Prabang et qu'il serait de retour dans 1 h 30. Il était 17 h 10. Comme je disais à Julien qu'on devrait faire un feu parce qu'il allait bientôt faire noir (c'est plus facile de ramasser du bois quand il fait clair, surtout quand il faut s'assurer qu'il n'y a pas de scorpion caché sous la branche), j'ai vu que d'autres s'y mettaient déjà, un peu plus loin sur une plage. Nous sommes allés les rejoindre pour donner un coup de mains. L'enthousiasme contagieux de Julien faisait rire toute le monde.
La nuit est tombée a 18 h 15. Quelques-uns ont essayé d'entonner des chansons de Noël mais ça n'a pas pris. Tout le monde était calme, mais on commençait à avoir bien faim. Il y avait de la bière et des chips à vendre à bord, mais j'attendais de voir ce qui se passerait. Certains avaient entendu dire que le bateau arriverait avec de la nourriture. Vers 19 h 30, un petit bateau est arrivé. Nous étions auprès du feu, à environ 50 mètres plus bas sur la grève. Une fille (une Belge flamande) est venue et a annoncé : "On passe la nuit ici, ils ne peuvent pas naviguer dans le noir". On s'en doutait bien, mais personne n'avait osé rien dire. Il n'y a pas d'éclairage sur les bateaux et aucune balise le long du Mekong malgré un fort courant et de nombreux récifs sur une rivière qui serpente. Julien était ravi, les autres se sont résignés.

Pour souper, ils nous ont donné des nouilles instantanées (style Ramen). Julien a eu un paquet pour lui mais Patricia, Evelyne, Noemi et moi avons partager deux paquets avec un couple de Lillois. Sur le coup, on s'est dit que c'etait vraiment "cheap". Mais ils n'auraient pas pu apporter autre chose rapidement. Faire livrer de la pizza à cent personnes à une heure de bateau de Luang Prabang? Même trouver des nouilles pour tout le monde était impossible. Le capitaine avait aussi apporté de la bière, pensant profiter de la situation pour faire un peu d'argent. Il a failli y avoir une mutinerie à bord! Mais, reprenant notre calme, nous nous sommes emparés de la bière sans gêne et sans équivoque et nous nous la somme partagée (il y en avait moins qu'une par personne). Tout le monde parlait de la volaille qui jacassait sur le toit. On pourrait se cotiser et en acheter aux paysans? Mais qui les égorgerait, les plumerait, les evicérerait? Comme on se "mettait a table", Julien a repéré un petit scorpion qui s'amenait tranquilement près du pied de Patricia! Un brave l'a pris avec une branche et l'a jeté au feu.
C'est dans ce contexte que nous nous sommes demandés s'il ne vallait pas mieux dormir sur le bateau. Mais non. Ca avait l'air d'un bateau de refugiés, ça puait, ça jacassait. Nous avons donc sorti nos sacs de couchage et nous avons dormi sur les berges du Mekong, autour du feu de camp.

Le lendemain un bateau est arrivé je ne sais plus à quelle heure. Ils ont attaché les deux bateaux cote à cote et nous avons rembarqué. On a mis deux bonnes heures avant d'arriver, affamés! Priorité numéro un, trouver un resto pour se payer un vrai déjeuner de Noël avec jus de fruit frais, crêpes, salade de fruit et un extraordinaire café laotien.
(Luang Prabang est, en passant, une petite ville absolument ravissante classée au patrimoine mondial de l'UNESCO).

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme dit Frank, cela leur fera un beau souvenir à raconter !!

Et pour nouvel an, quelle belle aventure nous préparez vous !!

Je vous souhaite une très belle année 2009.

Amitiés


Agnès

Anonyme a dit…

To all the family - we are thinking of you on New Year's Eve. It is so cold that the snow makes that scrunchy sound under your boots when you walk - do you miss it? even a bit? We are delighted that your travels are going well and that you are living your dream trip. Wishing you more joy and wonder for 2009. Lots of love to you all and a hug and a kiss to each of you. Happy New Year!!! We will toast to you tonight.
Samantha and family

Marie-Christine a dit…

Quel bonheur de vous lire!
Bonne année 2009!
Bises
Marie-Christine

Sylvie pour la famille Bélanger-Lavigne a dit…

Bonjour à vous cinq,
Julien a bien fait rire Nicolas et Félix avec "Capitaine Bobettes".
Nous vous souhaitons une merveilleuse année 2009.
Grosses bises.